La porte entrouverte
Installé à Wintzenheim-Kochersberg, Jean-Claude Matry, qui travaille dans l'informatique aux hôpitaux
universitaires de Strasbourg, vient de publier le premier volume d'une série « autobiographique romancée
», intitulé « La porte entrouverte »
Jean-Claude Matry. (Photo DNA)
■ Le titre correspond bien à la lecture proposée tant, parfois, on aimerait en savoir davantage.
Mais la porte demeure précisément entrouverte.
Peut-être s'ouvrira-t-elle davantage dans la suite promise de cet ouvrage qui veut, d'abord, rendre hommage à des parents aimés.
Fils d'un militaire français et d'une Vietnamienne, Jean-Claude Matry est né au
Vietnam en 1955. Il dit l'exil de ses parents qui optent pour la France avec leurs 6 enfants, y compris tout l'abandon que cela représente pour celle qui quitte les siens, dans l'espoir d'un accueil qui ne sera pas à la hauteur.
C'était impossible, il me fallait rattraper trop de choses
Quand son père est muté en Algérie, la famille le rejoint, dans la situation qu'on imagine, avant un nouveau départ-retour pour l'hexagone.
« Nous avons été jetés deux fois », sourit-il. Elève peu docile, Jean-Claude est placé devant un choix sévère: apprendre un métier ou partir à l'armée. Il fait son CAP de serrurier. Dans une seconde spéciale à Bourges, il est interne et dispose d'une année pour tout réussir. « C'était impossible, il me fallait rattraper trop de choses. Je bossais comme un fou, mais cela n'a pas suffit ». Il s'engage alors dans l'armée, passe des examens d'optique, d'électronique et bouge: Châteauroux, Bourges, Montluçon, Toul, Lille, Douai, Metz... Les grands déplacements dont il rêve ne se concrétisent pas.
Aujourd'hui, il a commencé en 2000 une nouvelle carrière aux hôpitaux universitaires de Strasbourg et s'est en outre lancé à corps perdu dans l'écriture. « J'avais envie de raconter ce que mes parents ont vécu, et aussi notre histoire. Etre eurasien n'a pas été facile en arrivant en France ». Il raconte dans ce premier livre le départ, le regard des autres, la méfiance, le racisme, et les rencontres chaleureuses.
Le seul passage où il se livre un peu, lui-même,est celui où il raconte ses mois de travail dans une ferme où, entre les durs labeurs, l'apprentissage des différentes tâches, éclôt une manière d'affection là où il ne l'attendait
guère.
Chaque chapitre est encadré d'une poésie de son cru et l'ensemble dégage une atmosphère particulière.
« La route qui m'est tracée ne me laisse comme choix que celui de ne jamais baisser les bras », indique encore l'auteur en dernière de couverture.
Michèle Herzberg